Patrick Lowie et l'enfant du Kérala
par Thierry Zedda

Troisième roman de Patrick Lowie, L’Enfant du Kerala vient grossir le déjà très impressionnant CV d’un auteur qui est également connu comme éditeur, homme de théâtre et de cinéma. Né à Bruxelles en 64 et surnommé par ses pairs « l’écrivain voyageur », Patrick Lowie ne cesse de parcourir le globe, de Rome à Los-Angeles, de l’Inde au Maroc, en passant par le Brésil et la Belgique, pour distiller sa passion avec fougue. En effet, les arts sont son monde à lui et cet homme entier, véritable touche à tout, ne s’arrête jamais.

Rome 2010. L’Italie de Berlusconi s’enfonce dans le fascisme : Attentats, meurtres... l‘horreur est présente partout. Il y a les Crédibles, qui prônent la supériorité de la race blanche, et les Non Crédibles, c’est-à-dire le reste du monde, ceux que l’on épie, chasse ou élimine : les sombres de peau, les poètes, les rebelles, les pédés... Dans cette atmosphère apocalyptique, survivent le jeune Mehdi et sa compagne Angéla, plus âgée que lui. Ils sont nomades, non conformes aux valeurs nouvelles de la masse. Au sommet d’un grand immeuble, ils ont recréé le souvenir d’un monde fait de quiétude : une vaste terrasse panoramique décorée de bougies à la citronnelle et de couleurs chatoyantes, pas de porte, juste un « trou béant ». Ils n’ont rien à cacher. Ils résistent à la tension palpable qui les entoure.
Pourtant Mehdi est triste. Son cœur est ailleurs, derrière lui. Le souvenir de Bilal, son véritable amour laissé en Algérie, l’accompagne à chaque instant. Un jour, il se met à éprouver pour Luca, son jeune voisin, un désir et une passion qu’il croyait morts en lui à jamais. Cependant, Luca pourrait être un Crédible et se débat avec violence contre les pulsions qui le ramènent toujours vers son compagnon à la peau mâte. Plutôt que de faire face à la réalité, il préfère s’enfuir. Mais voici qu'il réapparaît quelques mois plus tard pour apporter à Mehdi des nouvelles de son passé et de ses proches abandonnés dans le désert.
L’écriture de Lowie, atypique, ressemble à de la poésie. Elle habille son récit de petites parenthèses intemporelles qui nous éclairent peu à peu sur l’existence des personnages et sur le passé de Mehdi. Les souvenirs resurgissent, donnant ainsi au présent sa véritable dimension dramatique, ce qui n’était pas évident car la construction du récit est audacieuse. Le parti pris du flash-back rend le texte exigeant et aurait pu constituer un handicap pour la compréhension de l‘histoire. Dans les toutes premières pages, on peut se demander vers où l’auteur nous entraîne. Mais qui a dit que la littérature devait être facile ? L’Enfant du Kerala est un beau livre d’amour situé dans un avenir où la passion est devenue suspecte, voire dangereuse. Lowie nous propose un univers où les odeurs, les couleurs et les bruits sont magnifiés comme rarement ailleurs. Un superbe récit, véritable chantre à la tolérance.

Patrick Lowie, L'Enfant du Kérala, roman, Éditions Bonobo, 188 pages, 16 €.


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