Premier livre d'un Bruxellois exilé

Patrick Lowie est un passionné. De cinéma tout d'abord. De voyages ensuite. Deux passions qui ont poussé ce Bruxellois, également amoureux de la vie nocturne, à quitter sa ville natale pour d'autres horizons. Il est revenu aujourd'hui au pays pour une courte escale et pour la présentation de son premier livre : " Je suis héros positif ".

- Un titre un rien provocateur, c'est vrai, concède le jeune auteur. Il m'a valu déjà pas mal de remarques. Moi, je voulais insister sur le côté optimiste. Il s'agit d'une série de 17 nouvelles qui sont ou seront des projets de films que je voudrais réaliser. J'y parle effectivement du sida. Mais si vous me demandez si je suis séropositif, alors là, je ne vous répondrai pas !

Provocateur ? Impulsif ? C'est en tout cas sur un coup de cœur qu'en 1984, il quitte la Belgique à 20 ans pour vivre en Italie. Il y restera pendant quatre ans.

- J'ai travaillé avec Fellini sur le film " Ginger et Fred " comme assistant-attaché de presse. Une véritable révélation. Pour le 7e art et pour le pays aussi.

C'est dans la botte italienne qu'il réalise son premier film : " Recherche producteur désespérément ".

- En Italie, il a fait un tabac, mais, ici, il a été sifflé au Festival de Bruxelles et refusé à celui de Namur. Allez savoir pourquoi !, déclare en riant Patrick Lowie.

Apparemment, cette expérience malheureuse n'a en rien refroidi son enthousiasme. Il décide de rentrer à Bruxelles et, en 89, se lance avec Paolo Cipriani dans l'aventure du Paltoquet (encore une référence au cinoche !).

- C'était quelque chose. On m'en parle encore aujourd'hui. Beaucoup de gens se souviennent de ce bar de la rue de la Grande Ile où nous projetions des films et des vidéos, où nous organisions aussi régulièrement des expositions. C'était sans doute la plus petite salle de cinéma du pays !

Patrick Lowie n'abandonne pas la caméra pour autant : il tourne une série de vidéos (" Repérages ", " Flash ") entre Bruxelles, Rome et le Brésil. Et puis, un jour, le Paltoquet sombre dans les inondations qui détériorent gravement le bâtiment.

- J'ai dû revendre la maison, explique Patrick Lowie. J'ai travaillé un moment pour le parcours BD mis en place par la ville de Bruxelles. Mais j'en suis parti déçu. C'est devenu un parcours " walibien ", alors qu'au départ les pignons à peindre étaient réservés à des noms connus, certes, mais aussi à de jeunes espoirs.

Dégoûté, il décide de quitter une nouvelle fois la Belgique. En franchissant le seuil d'une agence de voyages, il est ébloui par Lisbonne.

- C'était un autre coup de tête, même si je connaissais déjà un peu l'endroit. J'en suis devenu un passionné. C'est une ville qui vit. On l'a d'ailleurs surnommée " la nouvelle Barcelone ". Elle n'a pas encore été touchée par la maladie " Europe ". Il y a là une culture qui n'est pas refermée sur elle-même. Elle est faite de mixités, de contacts avec le monde. C'est de là que m'est venue cette autre passion : pour l'Inde. Aujourd'hui, je partage ma vie entre Bruxelles et Goa ou Bombay. J'espère un jour pouvoir m'y installer définitivement.

Depuis deux ans qu'il a quitté Bruxelles, y voit-il du changement ?

- Bruxelles change, mais elle ne pourra jamais, je crois, se départir de son côté administratif. Elle restera toujours une ville d'employés et de bureaux. Une autre chose me frappe. Un véritable fossé se creuse entre les gens qui vivent en marge, les artistes et la classe aisée qui, elle, peut encore se permettre de sortir, de dépenser.

Une réflexion à méditer...

MARTINE DUPREZ

Le Soir - 8 septembre 1995

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