La bannière arc-en-ciel au vent, la littérature homosexuelle sort du bois et cesse d'être une abstraction. Désormais, elle s'affiche, s'épanche, se déclare. Portés par une déferlante médiatique et un effet de mode sans précédent, les écrits gays et lesbiens envahissent les rayons. Très répandues dans les pays anglo-saxons où elles occupent dans le paysage littéraire une place comparable à celle du polar ou de la science-fiction, les collections homosexuelles font leur apparition dans l'édition francophone.
C'est en 1999 que Balland ouvrit le bal en créant
le "Rayon Gay" (devenu par la suite "Le Rayon"). Drivée par Guillaume Dustan,
cette collection regroupe aussi bien des essais que des premiers romans
francophones et étrangers. Très souvent sur la sellette pour ses positions
tranchées, Dustan est une des figures emblématiques de ce mouvement. Son dernier
ouvrage, "Nicolas Pages" couronné par le Prix de Flore constitue une immersion
ondoyante dans la galaxie homosexuelle. Plaçant d'emblée le récit à l'écart de
toute école, de toute convention, l'auteur bouscule le lecteur, interpellé par
si peu d'inhibition, et le fait plonger dans les interstices de sa vie.....
L'écriture est basique mais finement travaillée et défie les lois de
l'apesanteur éditoriale.
En Belgique, une nouvelle structure a vu le jour.
Thé Glacé s'intronise sans complexe et publie avec "Au Rythme des Déluges", de
Patrick Lowie, un ouvrage d'une beauté abyssale. Cet ensemble de textes à la
simplicité confondante, aux sentiments déployés et à l'atmosphère empressée est
une des plus belles surprises de ce début d'année.
La visibilité du Rayon, l'apparition de Thé Glacé viennent aviver la polémique
autour d'une littérature ghetto, certains voyant là un risque de repli sur soi.
Le débat est ouvert mais il faut constater que ces collections servent souvent
de pied à terre pour une première incursion dans le monde littéraire et offre
une chance à des auteurs qui ne la recevrait pas ailleurs. Grâce à leur système
de distribution bien huilé, elles permettent de toucher un large public. Et
comme dit Dustan : "l'homosexualité, en fait , on s'en fout. Ce qui compte,
c'est l'amour, la vie, le désir, l'énergie, la pulsion, le plaisir."
Armando Cavaroz
"Nicolas Pages", de Guillaume Dustan, Balland,
collection Le rayon, Paris 1999