Patrick Lowie est l’auteur d’un nouveau roman publié dans la collection Thé Glacé des Editions Labor. La seule collection gay en Belgique ! « La légende des amandiers en fleur » a un goût d’Alchimiste de Paulo Coelho version gay. Nous avons rencontré Patrick Lowie.
Est-ce essentiel un deuxième
roman ?
Ecrire est essentiel. Que ce soit pour le théâtre, le cinéma ou pour la
littérature. Besoin de parler, de crier dans un monde où tout semble de plus en
plus fermé et éteint. Moins le besoin d’écrire des histoires que de témoigner.
Mais toujours
aussi la nécessité d’offrir de
l’espoir. Pas de cet espoir en plastique, ce rêve idiot, cartonné et coloré.
Non, un espoir en forme de conte. De ces contes qu’on aimait imaginer. Qu’on
aimait écouter. Ecrire une légende et en changer les canons ordinaires.
Ce roman se base sur une vraie
légende ?
Une légende portugaise. Les personnages ne sont pas les mêmes. Ils sont plus
contemporains et en même temps pas vraiment
modernes. Le prince arabe a été
changé en nomade berbère et la princesse portugaise en Pedro, jeune portugais
d’origine de Goa et black. Tout se passe entre l’Atlantique et les violences
barbares en Algérie : dans le sud du Maroc. Le point de vue est celui de Pedro.
Oui, mais l’utilisation du « je »
pourrait aussi faire croire qu’il s’agit d’un roman autobiographique…
Il y a toujours dans l’écriture des reflets de soi ou de son entourage. Mais
c’est un jeu. J’ai vécu au Maroc. J’ai vécu des mots et
parfois des phrases de ce roman. Mais
un roman c’est une composition. Et je réfute catégoriquement l’idée
d’autobiographie. Non que je n’assume pas ces mots ou ces phrases de ma vie mais
parce qu’ils ne m’appartiennent plus dès que je les transcris sur la feuille
blanche du traitement de texte.
Parfois on se demande si Pedro
est vraiment gay
On va dire que c’est un homosexuel existentialiste (au sens littéraire des
mots). Il se pose d’ailleurs plus de questions sur sa vie que sur sa sexualité.
Il fuit Lisbonne, sa ville natale après avoir quitté un amour rassurant. Son
amour passionnel est mort en Inde. Il ne lui reste plus qu’à plonger dans le
désert. Entre Rabat et Merzouga, il va vouloir abandonner sa
fuite. Fuir sa fuite. Mais c’est en
allant jusqu’au bout de ses utopies qu’il va oublier sa mort existentielle.
Pedro quitte tout à Lisbonne : la cocaïne, l’alcool, la fatigue. Sur sa route il
va rencontrer des personnages-fantômes, des clowns, des diplomates sans scrupule
et le vide. Sur sa route, ses coups de téléphone à Lisbonne confirment son long
et beau voyage.
Pourquoi pour Pedro l’arrivée sur
le trône de SM Mohammed VI est-elle essentielle ?
Sans ce changement au pouvoir, Pedro serait retourné au Portugal. Pedro
comprend que c’est un signal pour le Maroc et un signal pour sa propre vie.
Lorsqu’un prince devient roi, c’est un changement fondamental. Une nouvelle
vision. C’est ce
que recherche Pedro. Il est à la recherche d’une nouvelle vision.
Symboliquement, l’intronisation de SM Mohammed VI devient donc un chemin à
suivre. C’est à ce moment-là qu’il décide de plonger.
Vous vous décrivez
écrivain-voyageur. Pour vous, se faire éditer dans une collection gay, cela fait
partie du voyage ?
Les personnages de mes livres, de mes pièces et de mes nouvelles préfèrent
les hommes. Ce qui ne plaît pas à toutes les maisons d’édition, à tous les
producteurs. La rencontre avec Thé Glacé a été un hasard parfait et heureux. Je
ne me considère pas vraiment écrivain-voyageur. En général, je fuis ce genre
d’étiquette. Mais je comprends aussi que les gens vivent avec ce genre de
compartiments alors, pour éviter qu’on me mette une étiquette « made in Taiwan »
je préfère m’en mettre une plus proche de mes valeurs. Je voyage depuis
toujours : dans mes rêves, mes projets, mes cauchemars….je voyage dans le sens
aussi de vivre dans des pays. De me confondre aux couleurs locales.
Succès ?
On n’écrit pas des livres pour en faire des best-sellers. Le bouquin est
sorti en février 2003 et je suis très heureux des marques de sympathie que je
reçois. Je rencontre beaucoup de mes lecteurs illustres ou qui le sont moins.
J’ai l’impression que ce roman touche profondément les personnes. Hommes ou
femmes. Gays ou hétéros. J’ai voulu écrire l’histoire d’un homosexuel qui a des
pensées universelles.