Une collection de surprises

RENATO MENDONÇA/ZERO HORA (PORTO ALEGRE – BRESIL)

On a déjà parlé du théâtre physique, du théâtre à texte, du théâtre à performance. Et bien, le passage de Patrick Lowie à Porto Alegre, avec deux saisons de présentation de sa pièce "Le Plongeoir", a été ce que nous pouvons appeler le théâtre à surprises.

La première saison, en mars et en avril 2004, sur la scène du Théâtre Bruno Kiefer, apportait comme principale surprise la méthode de travail du directeur belge. Lowie a mis en scène, comme il l’avait déjà fait au Maghreb et en Belgique, des acteurs débutants, recrutés sur les lieux même des représentations. C'est une option à risques. Il compte ainsi sur des acteurs plus disponibles et plus disciplinés, mais le spectacle peut souffrir de leur manque d'expérience. La première saison de la pièce "Le Plongeoir" a osé faire ce saut, et le résultat était irrégulier.

Le mise en scène apportait du nouveau à Porto Alegre par son texte dense et théâtral, en chosissant une présentation dépouillée et créative, particulièrement par rapport à l'éclairage et à la bande-son. Mais le choix des acteurs finissait par donner l'impression que deux spectacles partageaient la même scène: l'un deux vacilant et appliqué, joué par Leonardo Wolfarth et Fabiano Garcia, l'autre ambitieux et provocateur, avec Anderson Simões et Vinicius Brenner.

Dans le deuxième "Plongeoir", présenté au mois d'août 2004 au Théâtre Bruno Kiefer, le saut était mieux calibré, et nous avons eu un seul spectacle. Lowie a maintenu Brenner, soutenu par le travail de Léo Oliveira et surtout de Zé Alessandro. Dans cette nouvelle version, le metteur en scène et auteur de "Le Plongeoir" a surpris encore une fois. Contrairement aux metteurs-en-scène gauchos , qui se refusent à modifier et perfectionner leurs spectacles, Lowie a apparemment compris que le théatre se faisait aussi à partir d’alternatives apportées par les comédiens. Grâce aux changements d'interprètes, le spectacle a changé en mieux. Lowie a su percevoir ce qu’il pouvait obtenir de mieux de sa troupe, et il a misé sur cela.

C'est ce qui explique la scène où Alessandro et Brenner incorporent des animaux sauvages à fin de synthétiser par des gestes l'agressivité qui intervient lors de l'approche de deux hommes. C'est ce qui permet de comprendre que la charge dramatique, passionnelle et effrenée qui caractérisait la première saison, s'est multipliée à la deuxième. La seule perte a été l'élimination d'une partie où Lowie envahissait la scène, en confondant le public, en révélant la structure même du spectacle.

Avec cette collection de surprises, présentées à deux doses , "Le Plongeoir" a sans doute aidé le théâtre de Porto Alegre à se repenser, à tourner les yeux vers d'autres types de regards et de langages. Et elle a ratifié le talent de Brenner, prêt pour de plus grands sauts encore.

Traduction : Lucia Maria Silva

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