Un auteur investi dans la vie

Sur un coup de tête, un homme aux amours contrariées décide de quitter sa Lisbonne natale pour un voyage d’errance au Maroc. Voici comment s’ouvre le nouveau roman de Patrick Lowie, La Légende des amandiers en fleur. Un livre qui accorde une large place aux rencontres, au hasard, à l’évocation des lieux, des gens et des atmosphères. Usant d’une écriture poétique, mais somme toute efficace, Patrick Lowie décrit longuement chaque endroit visité. Nous suivons ainsi la quête et les états d’âme d’un personnage qui cherche à faire taire son tourment intérieur. La Légende des amandiers en fleur est la suite de Au rythme des déluges, le précédent roman de Patrick Lowie. Les deux livres se ressemblent d’ailleurs beaucoup et s’inscrivent dans la même veine de l’exploration humaine. À chaque fois, je me fais la réflexion qu’il y a du Jean-Louis Murat chez Patrick Lowie. Si ce n’est que l’espoir est là. Exactement au centre du livre survient un retournement de situation et le personnage quitte brusquement son amertume pour explorer un nouveau rapport à la vie. C’est comme si sa quête portait enfin fruit après toutes ces années. Une rencontre survient, qui le guidera vers une nouvelle félicité. 

1) Patrick Lowie vous intervenez dans de nombreux domaines à la fois. Vous écrivez, vous faites du théâtre, vous animez un site Internet, vous avez créé des associations, vous voyagez en permanence…Que cherchez-vous et quelle est la motivation qui vous pousse à faire tout ça ?

J’ai toujours pensé que les voyages m’enrichissaient et que les rencontres avec d’autres peuples ne pouvaient que m’apporter de la sérénité. Je visite le monde comme quand on entre pour la première fois dans une maison où l’on va vivre : j’en visite les moindres recoins, je salue tous les voisins. Tout cela s’est fait très tôt et très naturellement : je ne me suis pas posé de questions lorsque j’ai pris mon sac à dos pour partir vivre à Rome en 1984. J’avais vingt ans.

Mes écrits se nourrissent de rencontres et d’expériences de terrain. La motivation depuis vingt ans reste intacte surtout parce que je sais que mon écriture est le fruit, le miroir, parfois l’ombre de mes projets. Et parce que pour espérer changer de petites choses dans ce monde, maintenir une vitesse de croisière sur cette route sinueuse, comme toute aventure humaine, il faut tenir sur la longueur. Il n’y a pas de miracle : le miracle est une succession de patiences et de persévérances. Avec l’écriture, je réalise aussi certaines de mes utopies.  Passions et utopies donc en oeuvrant avec Cosmos Medina (http://www.cosmos-medina.org) et Biliki (http://www.biliki.com) à l’élaboration de projets culturels, sociaux et économiques ambitieux. Ambitieux car on place le jeune au cœur de la dynamique. Le jeune plutôt que le profit.

Le théâtre est une autre passion : je monte souvent des ateliers au Maroc et en Belgique et je vais mettre en scène à Porto Alegre au Brésil une de mes pièces : « Le plongeoir » tout en terminant l’écriture d’ « Amours, sexe, et clavardage ». Je pense souvent à l’expérience théâtrale marocaine que j’ai vécue. L’hommage à Dario Fo surtout. Dario Fo et Pasolini sont mes références théâtrales et cinématographiques.

 2) Quelle est la place de l’écriture dans votre vie ?

Au fil des années, l’écriture y prend une place toujours plus importante. Je ne pourrais pas faire que cela. La place de l’écriture dans ma vie dépend aussi du regard extérieur sur mon écriture. Actuellement, l’équilibre est presque parfait : mon emploi du temps se combine bien. Pour écrire, il faut évidemment se poser un peu. J’écris lorsque je dépose mes valises. L’écriture a toujours été essentielle pour moi mais de manière différente. Pas forcément toujours sous la forme d’un livre. J’aime écrire pour le cinéma mais je ne trouve pas de production assez courageuse pour me suivre. J’aime écrire des chansons aussi. Là par contre il existe bel et bien un projet. Douze chansons sont prêtes à être mise en musique. Créer, comme disait Camus, c’est aussi donner une forme à son destin.

 3) Quelle vision de l’amour gai voulez-vous donner dans La Légende des amandiers en fleur ?

La vision d’un amour assez banal pour être exceptionnel. Deux hommes vivent loin du monde pour rester maîtres de leurs passions et de leur amour. Un amour difficile mais intense. Les gais sont des hommes comme les autres. Le couple que je décris rêvent de deux choses : sérénité et créer un nouveau monde. Un enfant s’offre à eux et l’image que j’ai voulu donner est celle d’un couple amoureux, pères d’un enfant adoptif. Une fin heureuse et provocatrice car je suis fatigué des bouquins gais qui se terminent mal. Je voulais décrire une atmosphère sensuelle, magique sans en oublier la vision politique.

 4) Vous n’hésitez pas à parler de politique, du sort de l’homme en général, de l’évolution des sociétés et du rapport nord-sud. À un moment, votre personnage découvre un massacre dans un village algérien…Quel message voulez-vous passer avec ce livre ?

Il est devenu impossible de parler paix, fraternité, solidarité sans se faire taxer d’inconscient, d’illuminé ou d’idéaliste dangereux. La guerre n’a jamais été et ne sera jamais une solution. 

Pedro et Zakaria sont tous deux aux limites d’une vie. Sur un fil. Zakaria tente de se dépasser en démontrant avec un projet utopiste son amour pour Pedro. De l’autre côté, Pedro se demande s’il ne doit pas dépasser ses limites en allant plus loin dans le désert. Pedro reste pratiquement insensible au massacre mais pas à la survie du petit Mehdi. Comme si l’atrocité humaine ne l’étonnait plus. 

Je n’ai pas voulu faire passer de messages particuliers liés aux massacres en Algérie. Surtout parce que je ne connais la situation en Algérie qu’à travers les médias et c’est rarement une bonne référence. Par contre, le message du livre me semble assez clair : ce couple crée un havre de paix à quelques centaines de mètres d’un pays meurtri par des massacres. Et où les frontières n’y sont pas précises. Pour y construire un monde nouveau. Différent.

Je pense qu’il va falloir choisir entre regarder passivement les hommes se tuer et construire un nouveau monde basé sur de nouvelles réalités. Ce nouveau monde est peut-être entrain de se construire.

Il s’agit d’être patient et persévérant…..

Dans « Être », Pierre Salducci – Novembre 2003 – Montréal (Québec)

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